Du moins je le croyais.
Quand il y a du monde, cette ligne se transforme en un véritable ogre mécanique, automatique, boulimique :
Paris, vendredi soir, 19h00. Plein de monde sur le quai.
Le métro s'arrête, les double-portes, celles du quai et celles du métro s'ouvrent, parfaitement synchrones.
Le monde intérieur pressé s'écoule lentement sur le quai.
Déjà la sonnerie retentit, panique de ceux qui ne sont pas encore sorti et ceux qui ne sont pas encore entré, les corps entrent, sortent, se bousculent, croisements hasardeux.
La sonnerie s'arrête, aussitôt les double portes se referment, claquent synchrones, aveugles, implacables. Doubles mâchoires tenant fermement ceux qui étaient encore dans l'entre deux, pas encore tout à fait dedans, pas encore tout à fait dehors.
Instinct de survie : ils s'agitent, elles cèdent à regret, les laissent s'échappent du côté qui leur reste accessible. Tout, tout pour ne pas rester entre les deux portes qui claquent comme deux mâchoires se refermant sur du vide.
Certains qui voulaient sortir sont toujours dedans, certains qui voulaient entrer sont toujours dehors.
Deuxième métro 30 secondes, plus tard. Toujours autant de monde.
Même scène.
Sur le quai, un père donne ses recommandation à son fils, monté dans le métro, lui. Au travers des vitres des doubles portes, il articule, muet pour que l'enfant lise sur ses lèvres : "attends-moi à Châtelet, Châ-te-let"
Finalement, c'est vivant le métro.

